Concours de nouvelles : Kenny

...parce qu'en tout fondationneux se cache un conteur, un poète ou un barde

Concours de nouvelles : Kenny

Messagepar Kenny » Mer Oct 31, 2007 8:34

"c'est chiant de lire les longs textes à partir des news" (captain igloo au tel hier soir). Donc bah voilà le mien ici ! Bonne lecture, n'hésitez pas à laisser vos impressions !!!

Un soir sur Kalgan…

Une goutte d’eau vient de tomber sur mon col. Il va pleuvoir. Le ciel est gris, le temps maussade est à l’image de la situation. Je regarde au loin le monorail. Le train n’a pas l’air d’arriver. Je me nomme Hari. Hari Ponyets. Mes parents m’ont donné pour prénom celui de l’homme qui fut soit disant le plus intuitif de l’Histoire. Et pourtant je ne suis point l’ombre de mon illustre homonyme. Sinon j’aurai agi plus vite. Et pourtant j’en ai besoin de cette intuition. Dans mon métier. Je suis enquêteur. Un simple flic qui est au service de la planète.

Ma planète, c’est Kalgan. Vous la connaissez certainement. C’est ici que résida Magnifico, plus connu sous le sobriquet de Mulet, jusqu’à sa mort, il y a un peu plus de cinq ans de cela. Oui, j’ai travaillé à son service. Et à titre de garde du corps, j’ai débusqué une des nombreuses tentatives d’attentats à l’encontre de celui qui fut notre Premier Citoyen pendant dix ans. Magnifico avait choisit de s'établir sur Kalgan pour les délices qu’inspirait la planète. Est-il nécessaire de rappeler que Kalgan n’est autre qu’une station balnéaire géante ? C’est ici que les plaisirs sont exposés à foison, c’est ici que le bonheur arpente les rues comme le défilé d’astronefs sur le tarmac d’un astroport. Et loin des plages, les casinos, les stations thermales, et les clubs de détente se prolongent jusqu’à l’horizon. Voilà. Je crois que c’est cela, l’idée que vous vous faites de ma planète. Et pourtant…

Pourtant, l’on oublie les exploitations agricoles, les usines de produits manufacturiers, et les mines riches qui s’enterrent profondément sous la surface Kalgienne. C’est pourtant là le cœur de la planète. La production d’énergie, l’approvisionnement en matières premières, la production de denrées alimentaires. Tout cela pour des touristes en mal de luxe. Toute cette architecture forme un engrenage bien huilé. Et pour cause, si ne serait-ce qu’une de ces activités satellites venait à disparaître, Kalgan en entier se retrouverait le genou à terre.

Une lumière m’éblouit et me fait sortir de mes songes. Le train arrive. Une fine pellicule d’eau coule sur mon pardessus. Je crois qu’il pleut. Enfin, il bruine, mais il pleuvra réellement d’ici quelques minutes. Joie ! Le train ralentit, il arrive à quai et s’arrête. Je m’y engouffre. Dedans la lumière tamisée me berce, une douce tiédeur m’envahit. Du regard je cherche une place libre avant de m’y installer. Le train redémarre. Je vois s’éloigner petit à petit le quartier militaire. C’est là où nous autres les fonctionnaires vivons. La plage, les villes, les centres commerciaux tentaculaires, tout ceci, c’est pour les touristes. Nous, nous vivons ‘‘ailleurs’’. Cet ailleurs, je m’en incommode. J’ai toujours vécu ainsi, et suis parfaitement conscient qu’il s’agit d’un mal nécessaire pour le bien de la planète.

Pourquoi se plaindre ? La planète a toujours vécu grâce au tourisme. Les habitants de Kalgan sont fiers d’habiter la planète, moi le premier. Même si nous habitons loin des centres thermaux, nous jouissons de nombreux privilèges que l’on ne trouverait sur nulle autre planète de la Galaxie. Des privilèges auxquels s’ajoute la paie conséquente. Mais l’effervescence générée par l’afflux des touristes nécessite que tout soit parfaitement coordonné. Alors nous avons les privilèges en conséquence. Tel est le prix de la perfection. C’est pourquoi il devient trivial que de comprendre pourquoi nous sommes si heureux de vivre à Kalgan.

Au loin, s’étendent les premières auberges. Celles-ci sont bien souvent mal fréquentées. C’est ici que je retrouve généralement mes indics. Bien que ces auberges aient des allures de coupe-gorge, c’est sans doute dans ces coins que l’on trouve l’ambiance la plus conviviale de la planète. Car, quoi qu’on dise, les ‘‘clients’’ de Kalgan et de son marché planétaire, dont le plaisir est le produit de la transaction, viennent avant tout pour leur bonheur et non pour nouer contact avec la population locale.

Ces auberges survivent plus qu’elles ne vivent. En fait leur déclin succède au décès de Magnifico. Le Mulet avait l’avantage de nous apporter de nombreux bénéfices. Mais ne vous méprenez pas. Nous n’aimions pas particulièrement cet homme. Mais imaginez l’Empereur de la Galaxie vivant dans votre rue. Nombre de courtisans viendraient, non pas acclamer leur maître mais tirer parti d’une relation privilégiée. Oui, je l’affirme, l’installation de Magnifico sur Kalgan fut propice au développement de notre planète, l’accélérant de façon presque outrageuse. Le Mulet sur Kalgan, tous les anciens Vice-Rois de la Galaxie accouraient pour être nommés énième citoyen et se voir confier la gestion de planètes, voir de secteur. Non pas qu’ils l’aimassent, mais ils y trouvaient une opportunité certaine de rassasier leur folie ambitieuse. Le Premier Citoyen n’était pas dupe, loin de là, cela l’amusait même. Ces braves gens venaient donc sur Kalgan et, pour suivre leur dirigeant, ils s’installaient dans les palaces, faisant tourner à plein régime notre système économique tout entier. Alors oui, je peux le dire sans aucune honte : Magnifico était une bénédiction providentielle à nos yeux. Son règne a apporté l’âge d’or de notre planète. Et je crois que personne ne pourrait se permettre de me juger, les vôtres n’avaient pas hésités, eux, à venir ici quémander une parcelle de secteur. Alors, quel est le moindre mal : S’amouracher avec une personne que vous jugez méprisable tel un rapace, ou vivre aux dépens de ces hypocrites qui entourent l’immonde personnage ? Mais malheureusement les temps ont changé… A compter de la mort de Magnifico.

Les fenêtres vitrées du train se parent d’une mosaïque d’impacts aquatiques laissés par la pluie qui s’était intensifiée. Les lourds nuages s’étaient assombris. Je distingue au loin les premières lueurs de la ville principale. Il s’agit là d’un centre commercial. Le train ne doit plus être très éloigné du centre-ville. Les lumières du centre commercial me rappellent l’époque où les rayons étaient approvisionnés à foison, où tout ou presque y était abordable. C’était le bon temps. Un flash m’éblouit. C’est un train qui retourne dans les quartiers militaires. Il est bondé. Rares sont les personnes qui se déplacent vers les centres thermaux le soir. C’est une aubaine pour moi. Je n’ai pas à endurer la foule, les bousculades, les vols.

Il y a cinq ans de cela, la criminalité en était réduite à son strict minimum. L’on s’avança à dire que Magnifico y était pour quelque chose. C’est exact, il avait son rôle dans cette régression, mais pas en apport direct. Non. En réalité, l’on avait craint Magnifico car il savait tout. Dès lors cela décourageait les contrevenants, et donc les polices s’en trouvaient moins surchargées. A sa mort, Han Pritcher reprit le titre de Premier Citoyen et succéda au Mulet. Cet homme n’était doté d’aucun pouvoir mental. Et donc en conséquence le taux de criminalité a explosé en quelques mois. A dire vrai l’état de stase ne pouvait perdurer, il aurait été utopique que de croire que le paradis sur Kalgan allait survivre à celui qui l’avait instauré. Le train arriva à la gare. Dehors la pluie semble avoir redoublé de force. Il est temps pour moi de me lever. Les portes s’ouvrent. Une bourrasque vient refroidir le peu de chaleur qui m’enveloppait. Je remonte mon col et range mes mains dans les poches de mon pardessus avant de sortir affronter le climat hostile de cette fin d’hiver. Au loin se dessinent les quartiers diplomatiques. Quelques lumières émanent des ambassades. Ces ambassades pourtant autrefois si riches ne sont guère plus habitées que par des diplomates fantoches.

Bien que la Galaxie fut conquise par Magnifico, nombreux sont les conglomérats qui ont tenté de négocier une certaine autonomie. Surtout poussés par un orgueil mal placé, ces groupes de planètes purent profiter d’une indépendance plus que relative. C’est le cas de Trantor. Et pourtant là-bas ne vivent que des paysans. Peut-être que le Premier Citoyen s’amusait à les voir se considérer avec de grands airs alors qu’ils étaient insignifiants, ou bien a-t-il donné son accord en la mémoire de l’Empire Galactique qui s’est effondré depuis la chute de Bel Riose. Les ambassades sont aujourd’hui habitées par des diplomates plus portés par des profits personnels que par une quelconque volonté parlementaire. Je regarde partout autour de moi. Les rues sont presque désertes. Je hèle un taxi. Le véhicule s’arrête. Je m’y engouffre rapidement. Le chauffeur me demande la direction. Le Centre Ville. Là n’est pas ma destination mais je ne devrais faire le reste du trajet à pied. Les armes sont interdites au Centre Ville. Peut-être est-ce là la solution qui a permis à la criminalité d’être quelque peu réduite aux abords du centre névralgique de Kalgan. J’en suis responsable, et j’en tire une juste fierté.

Il y a dix-sept ans. Un homme de main de Magnifico l’avait soudainement agressé. J’ignore comment ceci avait pu se produire. J’étais présent. Ma pression sur la détente fut plus rapide que celle de mon adversaire. Notre Premier Citoyen pouvait contrôler son agresseur, pourquoi ne l’a-t-il pas forcé à rengainer son arme ? Peut-être ne lui ai-je pas laissé assez de temps pour agir. Cette question me taraude encore aujourd’hui, surtout qu’il est de nature publique que Magnifico répugnait la violence. Suite à l’attentat raté, l’on me confia la direction des polices de la planète. Ce travail ne m’enchantait guère et j’ai demandé à être rétrogradé quelques mois après ma nomination. Mon seul travail notable fut le désarmement total des abords du Palais et des centres touristiques, exceptés pour les unités militaires et policières.

Le taxi est arrivé. Le chauffeur m’a déposé sous un porche à l’abri de la tempête. Il est temps de m’engouffrer dans les vieux quartiers. Non loin, je peux voir la tribune qui sert aux politiciens pour mobiliser les foules et gagner des sympathisants. Un immense portique est à quelques pas de moi. Dessous, se trouvent deux éclateurs. Au bout de ses éclateurs, des uniformes que je ne connais que trop bien. Ce sont des militaires. Je vais pénétrer dans une zone sécurisée. Je m’avance à pas lents. Le portique sonne. Les militaires pointent leurs armes sur moi, mais trop tard : mon insigne était déjà brandi sur eux. Il ne me reste plus qu’à attendre que l’autorisation me soit accordée.

Ces portiques sont peut-être le seul vestige des œuvres effectuées sous Magnifico lors de son règne. Le reste a rapidement disparu. Le successeur du Mulet fit ériger de nombreux édifices en sa mémoire. Il avait compris que la postérité était le seul moyen d’accéder à une quelconque forme d’immortalité. Mais peut-on réellement se distinguer à la succession du Premier Citoyen ? J’en doute. Quoi qu’il en soit il avait porté toute sa politique dans le prolongement de celle du Mulet. Les portiques demeuraient, ils étaient pour notre dirigeant la garantie de ne pas vivre le destin tragique qui avait accompagné les dernières têtes de la lignée Impériale sur Trantor. Le voyant vert s’allume. Le système de contrôle d’identité m’a reconnu. Je peux passer. Je franchis la porte. J’entre alors dans les abords du Palais. Je le vois se dessiner au loin. Deux kilomètres me séparent de lui. Marchons !

Le successeur de Magnifico avait mené Kalgan d’une poigne de fer. Cela dit, le prestige du Palais demeurait. Toujours richement orné, somptueusement illuminé, la première résidence de Kalgan dominait la région par sa beauté et sa prestance. Les dirigeants apportent plus d’importance au paraître qu’à l’être. Il s’agit là d’une forme de manipulation mentale. Si tout à l’air d’aller bien, c’est parce que tout va certainement bien. Aussi, le Palais n’avait pas subi les dégâts, la décrépitude, l’érosion du temps. Il en était de même pour les hôtels au loin. Par contre, de notre coté, le son de cloche ne résonne pas pareil…

Je pénètre dans le palais. Mon exploit passé me permet de jouir d’un certain nombre de contacts dans ces lieux. L’on me salue. Tous n’ont pas subi le cruel destin réservé à ceux qui ont eut la désobligeance de commettre un impair en présence de notre dirigeant. Depuis la mort de Magnifico, le Palais avait beaucoup changé. De nombreuses personnes furent exécutées pour avoir manqué de respect envers son successeur. Il avait décidé de mener une politique aussi ferme que le Mulet. Et quiconque le contredisait finissait six pieds sous terre. Le message était clair : le Mulet était décédé, certes, mais le régime devait à tout prix être conservé. Personne ne broncha. La planète se renferma alors sur elle-même et l’on connut une période de famine deux ans plus tard, et nous en vivons une seconde actuellement.

On me fait patienter. Compte tenu de mon identité, notre dirigeant va m’accorder une audience. Il lui faut se rendre présentable. Je suis emmené dans un vestibule d’où je dois attendre l’ordre de passer la porte au fond. L’ordre, ce sera notre dirigeant qui le donnera. Je ne sais pas à quoi il ressemble, je n’ai jamais eu l’occasion de le rencontrer. Jusqu’à ce funeste jour, je n’avais pas l’intention de venir le voir, et les représentations holographiques sont bien souvent retouchées. Ce matin, ma fille unique est décédée. Elle se prénommait Arcadia. Un jeune fou, dévoré par la famine s’en est pris à elle. Le diagnostic est sans appel : battue à mort… pour un panier repas. Le légiste m’a fait savoir qu’elle n’avait pas souffert. A-t-il oublié qui j’étais ? Bien évidemment, elle avait souffert. Son agresseur s’était montré particulièrement cruel. La faim fait accomplir des choses innommables. Mais je ne lui en veux pas. Non, le responsable de la mort de ma fille. C’est cet homme, Han Pritcher. Celui qui me fait patiemment attendre.

On crie. J’entends distinctement l’ordre d’entrer. J’avance calmement vers la porte. J’arrive dans une grande pièce. Tout y est immense. Tableaux, lustres, fenêtres. Cela contraste avec celui qui m’accueille, entouré de deux gardes, pourtant eux aussi immenses. Il me semble tout à fait chétif. Il me regarde l’air froid et me demande ce que je veux. Ce que je veux… C’est simple. La libération. La mienne comme celle de ma défunte fille en proie aux tourments causés par une mort violente, ou même celle de toute la population. Cet homme avait cru qu’il pouvait maintenir le contrôle instauré par Magnifico. Mais dénué de tout pouvoir mental, il fonçait droit dans le mur. Les planètes soumises au Mulet détournèrent leur attention de Kalgan. Kalgan ne prospérait plus. On la voyait comme le siège de l’ancien dictateur, et non plus comme une station balnéaire. Les touristes avaient disparu. La planète vécut sa première crise qui se solda par une famine générale. Han Pritcher trouva une parade pour passer le cap, et nous avons pu survivre. Malheureusement ce n’était qu’une solution de secours et l’inévitable rattrapa la planète trois années plus tard, cet hiver.

Je lui parle d’Arcadia. Je lui détaille tout ce que je peux. Non pas que je cherche à le toucher. Un homme qui fait tuer ses employés si froidement ne peut éprouver de compassion. Encore moins lorsqu’il est question d’inconnus. Non. Je lui parle pour étudier les soldats qui l’accompagnent. J’attends le moment propice. Mon éclateur est dans son étui. Je me rappelle de l’attentat que j’avais fait échouer il y a dix-sept ans de cela. Je revis la même situation aujourd’hui. Mais cette fois je me trouve de l’autre bord. Mon seul avantage est l’effet de surprise. Suis-je aussi prompt à dégainer qu’auparavant ? Mes souvenirs m’envahissent. Je revois Arcadia, son sourire, son innocence.

Le petit homme affiche un visage faussement compatissant. Il me parle de mon passé glorieux et d’indemnités. Instinctivement je dégaine. S’en est de trop. Comment ose-t-il solder la mort de mon enfant par quelques crédits alors que sa mort lui est intégralement due à lui et à l’échec de sa politique ? En un éclair mon arme est sortie, braquée sur notre dirigeant. Hélas, je crois que les gardes du corps ont été tout aussi rapides que moi… Je tire. Trou noir.

On dit que lors de sa mort, on revoit sa vie défiler en quelques dixièmes de seconde. Moi, ce ne sont que mes dernières heures qui me reviennent à moi. Tout a commencé en début de soirée, sur ce quai, près du quartier militaire de Kalgan… La suite, je viens de vous la narrer. Le plus frustrant dans cette histoire c’est que jamais je ne saurais si je suis parvenu à tuer cet usurpateur que je refuse de nommer par son titre autoproclamé de Premier Citoyen.
Bayta Ponyets, Intendante du Sénateur L.S.K. de l'OMEGA
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"La véritable menace est celle dont on ne peut mesurer l'étendue,
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